Lire, dire, écrire la paix... après l’horreur Olivier GODET - Lycée Jean-Monnet, FRANCONVILLE (95)

, par Olivier Godet

Contexte de la séquence

A la suite des attentats du 13 novembre 2015, le fait de redéfinir avec les élèves ce qui nous rassemble s’est imposé comme un devoir qui incombait, en partie, au professeur de français. Comment aborder la barbarie ? Que peut dire l’humain de l’inhumain ?

Dans les heures qui ont suivi ce drame, le mot de « guerre » a été relayé, sans cesse par les autorités politiques : « Nous sommes en guerre... » "Cette guerre, nous la mènerons..." Dès lors, cherchant à esquiver cette approche belliciste dans mon projet, m’est apparu le pendant à la guerre : la paix.

La recherche de textes s’est alors axée autour de cette idée d’apaisement, dans cette perspective : Si nous savons faire la guerre, comment peut-on faire la paix ? . Les événements du 13 novembre faisant douloureusement écho aux attentats du 7, 8 et 9 janvier 2015, je me suis inspiré d’un message d’Isabelle FARIZON, professeur au lycée Jean-Marc Boivin de Chevigny-Saint-Sauveur, proposant à ses élèves la lecture de la « Prière à Dieu » de Voltaire, tirée du Traité sur la Tolérance. A partir de là, la recherche de textes en lien thématique avec la paix s’est poursuivie, nourrie du travail de Philippe LAVERGNE -webmestre du site Magister-, tout en en faisant un objet d’étude pour les élèves de seconde. Toutefois, si cette courte séquence part des Lumières, elle s’étend aux XIXe et XXe siècles, dans la mesure où une de ses priorités était de montrer la constance d’un projet de paix, au fil des siècles.

Déclencher la parole : le DIRE

Afin de lancer les élèves dans l’échange, une sélection de dessins et autres oeuvres parus dans la presse et sur les réseaux sociaux a été proposée à la classe. La première planche est celle du collectif Les cartons, représentant le profil de Marianne, pleurant, sur fond de drapeau français.
Marianne - attentats - #LES CARTONS
Cette séance a permis plusieurs choses : d’une part, elle ouvre le dialogue, permettant l’expression parfois profonde d’émotions ressenties face à l’horreur. Et DIRE, c’est aussi écouter, car si certains élèves n’ont pu verbaliser oralement ce qu’ils pensaient, la qualité d’écoute aura été très présente durant cette phase. D’autre part, à travers les symboles mobilisés, ces images permettent le rappel de motifs républicains forts, depuis le drapeau tricolore et ses origines, au noir du bandeau, en passant par Marianne et l’humanité de cette allégorie.

Ouvrir la réflexion : le LIRE

Le parcours à travers les textes aura fait l’objet d’une lecture analytique autour de la problématique suivante : « Dans quelle mesure ces textes présentent-ils la paix comme un projet, une promesse ? » L’étude du courant philosophique du XVIIIe siècle a permis de faire comprendre que les choix faits par l’Homme doivent se faire à lumière de la réflexion et de la connaissance. Depuis la « Prière » du déïste VOLTAIRE, au travail autour de l’Encyclopédie , une observation majeure aura été que la PAIX coexiste toujours avec la GUERRE, ne serait-ce que dans les premiers mots de la définition qu’en propose DAMILAVILLE dans son article. Aussi a-t-il été question de chercher comment la paix peut devenir un projet à construire patiemment, et non comme un simple état de « non guerre ». C’est ce qu’a permis d’éclairer le discours prononcé par HUGO au Congrès de la Paix de Lausanne en 1869. Sur un plan politique, enfin, YOURCENAR propose une lecture stratégique de la paix dans Mémoires d’Hadrien, en ce qu’elle devient vecteur de civilisation.

Parallèlement à la séquence, et dans le cadre d’un projet webradio mené au lycée, la « chroniqueuse littéraire » s’est emparée du texte de DAMILAVILLE pour en proposer une lecture commentée. Suite à l’enregistrement, elle a habillé elle-même la piste afin d’en augmenter le sens recherché.

Garder un témoignage : l’ECRIRE

Un exercice d’écriture, organisé en demi groupe, a été proposé à la classe à partir de la planche de l’artiste Massala.K.

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Massala.K - Marianne debout

De petits groupes ont été formés, en îlots, afin de rédiger les pensées de Marianne. La rédaction des consignes a été demandée à la classe : naturellement ont émergé la nécessité de créer trois paragraphes, ainsi que celle d’harmoniser l’énonciation. La question des registres a été abordée, tout en considérant qu’ils varieraient en fonction de la vignette légendée.

Le travail, durant l’heure a été efficace, et a permis une mise en commun sur un Edu-Pad créé à cet effet. Plate forme d’écriture dédiée au travail à plusieurs, le pad a de multiples avantage : il permet à chacun de collaborer à son niveau, il stimule l’entraide entre pairs, et il offre au professeur un regard surplombant afin de suivre les échanges. Le devoir suivant est donné aux élèves : se connecter au document collaboratif dans un délai de trois jours et amender le texte collectif.

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Edu-Pad VERSAILLES

Le résultat de ce travail final est remarquable. La perception des symboles par les élèves a donné lieu à une expression de grande qualité sur le plan stylistique, tout en offrant la possibilité à chacun d’amender le travail de tous. On note, par petites touches, le travail de relecture appliqué d’un membre du groupe, qui a choisi, selon ses compétences, un mode de participation adaptée.

En définitive, ce travail mené en séquence pose moins de questions qu’il n’apporte d’espoir : la résilience des élèves est réelle, et le travail d’expression, de lecture et d’écriture aura permis, dans le cadre du cours de français, de véhiculer un message positif, en ces temps troublés.

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Plan de SEQUENCE - Dire la paix - GODET

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