Enrichir l’enseignement des lettres par la création vidéo

, par Aurélie GOUNEAU, Céline THIERY, Guillaume PITON, Marie LEFEBVRE


Les enjeux de la vidéo

Dans l’enseignement du français, le recours à l’écrit doit être utilisé à bon escient et être combiné à d’autres modes de transmission de contenu. L’écriture de cet article a été dictée par la conviction que l’enseignement du français a beaucoup à gagner d’une utilisation réfléchie de la vidéo. Suscitant invariablement chez les élèves une attitude positive, l’usage de la vidéo est un moyen de nourrir leur motivation pour l’apprentissage du français. L’utilisation de l’outil vidéo en français est d’un intérêt évident et fait partie des pratiques courantes. Il s’agit de faire le point sur la réalité des pratiques d’enseignement faisant appel à cet outil et sur les conditions dans lesquelles les professeurs de français peuvent mettre en œuvre des conseils ainsi que de rechercher les voies d’une autre diffusion plus importante de la vidéo dans les classes de français.
Les raisons d’une utilisation, régulière ou ponctuelle, de la vidéo sont essentiellement au nombre de quatre :
- les préoccupations didactiques de varier les supports, d’exposer les élèves à des documents et à une langue authentiques et d’entraîner ainsi la capacité de compréhension. Les films, les animations peuvent favoriser la compréhension de certains concepts. Le recours à la vidéo s’est inséré dans l’ensemble des didactiques comme support d’enseignement permettant de visualiser un phénomène, un processus, un espace, une expérience.
- viennent ensuite les considérations d’ordre plutôt pédagogique prenant en compte l’intérêt des élèves pour ces supports et le renforcement de la motivation que l’on peut en attendre. L’objectif, pour tout enseignant est de réussir à transformer un document didactique en un document intéressant pour ses élèves. Les vidéos peuvent améliorer l’implication des élèves, leur concentration, les rendre actifs. Les technologies passionnent les élèves, influencent positivement leur motivation. Le recours à la vidéo donne un caractère dynamique, vivant. Il permet aux élèves, moins à l’aise avec l’écrit d’analyser un document. Cela provoque en eux un intérêt immédiat ou une passion. Il favorise leur collaboration. Dans des situations pédagogiques, la vidéo crée une bonne atmosphère de travail et améliore les performances scolaires des élèves dans le domaine des langues, de la lecture
- on reconnaît à la vidéo le pouvoir d’offrir aux élèves des informations sur la culture et la civilisation des textes et des auteurs étudiés en classe, de s’approprier une notion par rapport au fond. Nous sommes nombreux à nous servir des documents proposés par le site de la BNF. Les expériences de réalisation de vidéos (bande-annonce, lecture et interprétation de textes) visent également la formation citoyenne et la formation de l’esprit critique de l’élève, le métadiscours.
- Enfin les professeurs accordent au support vidéo des qualités particulières qui faciliteraient la prise de parole des élèves ; Ce support est un moyen de les aider à structurer un propos, le mettre en forme. C’est une mise en valeur des élèves par le visuel, une nouvelle forme d’évaluation qui favorise le développement de l’autonomie de l’apprenant. C’est un moyen de diversifier les situations de communication mettant en jeu des supports variés, riches au plan culturel et plaçant les élèves en position de s’approprier les différents types de discours ainsi que la posture adaptée.

L’usage de la vidéo est une expérience pédagogique qui s’inscrit dans le cadre d’une action de formation dont le but essentiel est d’optimiser les capacités d’apprentissage des élèves. La vidéo peut-être vue comme un ressort : transmission/compétences. Elle cherche à créer un environnement d’une part pour l’enseignant afin qu’il puisse donner un sens pratique au contenu de ses cours et, d’autre part, pour l’apprenant afin qu’il puisse maîtriser les techniques, outils et concepts qu’il sera amené à acquérir tout au long de son parcours scolaire. La démarche vise essentiellement à adopter une autre approche dont l’effet sera double : maîtrise de la langue française et motivation accrue par un effet de confiance en soi que peut lui procurer son statut de spécialiste des nouvelles technologies par rapport à l’enseignant. C’est l’échange mutuel qui est à même d’assurer la pérennité et le succès de l’apprentissage.

Intégrer des vidéos dans une séquence pédagogique

Une intégration pédagogique réussie des vidéos en classe, c’est lorsque leur usage facilite, bonifie l’apprentissage ou l’enseignement. Elle peut se faire à tout moment dans une séquence : accroche, milieu ou fin de séquence, tâche finale, aide personnalisée…

Des films, par exemple, peuvent servir de catalyseurs pour une activité de vocabulaire, de production écrite ou d’histoire. Diverses activités peuvent conduire les élèves à créer des vidéos en classe : mise en scène d’un texte lu, d’un texte transformé, d’un discours argumentatif. Ici sont évoqués des travaux comme la réalisation de bande-annonce sur un livre lu en lecture cursive, ou bien le commentaire critique d’un texte…

La vidéo permet aussi la mise en place de formations ouvertes et à distance, en tant que supports de cours. Par exemple, dans le modèle de la classe inversée, l’outil vidéo permet de satisfaire :
- le besoin pour l’enseignant de ralentir la fulgurance du temps de lecture, en réinjectant du temps contraint dans la prise d’information.
- le besoin pour l’élève d’une intention dirigée vers lui, sur laquelle il a un peu de contrôle (lecture, pause, dans un temps et un cadre choisi). A condition bien sûr que la vidéo ne soit pas asséchée des qualités qui la rendent utile et attrayante.
- un aspect vivant : une certaine chaleur (qui suppose une présence, un personnage), des registres variés
Une scénarisation qui donne à cette vidéo la consistance d’un « projet en soi ».
Pour observer les pratiques de la classe inversée, il suffit de regarder du côté des pays dans lesquels l’usage de la vidéo dans l’enseignement est une pratique commune, et par exemple vers les USA d’où nous vient la Khan Académy et ses milliers de séquences.
Les difficultés rencontrées avec l’usage de la vidéo
Peu de formations sont consacrées à la vidéo en classe de français, pourtant nous sommes nombreux à déclarer utiliser la vidéo dans notre enseignement. Certaines difficultés rencontrées par les enseignants relèvent du parcours didactique : Les attentes insuffisamment satisfaites de documents vidéo adaptés à leurs objectifs, à la progression pédagogique suivie et aux possibilités de compréhension de leurs élèves, puis l’absence de formation tant sur le plan technique que sur le plan didactique. Apparaissent ensuite les phénomènes d’incompréhension manifeste du rôle que peut jouer la vidéo dans un tel apprentissage, la crainte de la charge de travail que signifie la préparation sérieuse d’une séance intégrant la vidéo. Et enfin la difficulté liée à la gestion de classe, surtout lors de la mise en activité d’un travail de groupe.

Comment bien intégrer l’utilisation de la vidéo lors de la construction d’une séquence de cours ? Il faut trouver un juste équilibre, considérer la pertinence de l’intégration d’une technologie selon le contexte. Cela nécessite une réflexion en amont sur les conditions requises pour développer l’investissement de ses élèves et l’apprentissage de compétences bien déterminées.

Contourner les difficultés techniques

Il faut préciser que la réalisation de vidéo est chronophage : la réalisation de petits formats nécessite une mise en pratique fréquente accompagnée d’une série d’exemples pour former les élèves au montage, car on ne peut pas tout faire tout seul. Ainsi l’enseignant doit avoir une bonne maîtrise de ces logiciels de montage pour faire face aux difficultés rencontrées par ses élèves. De plus, il faut évoquer les difficultés d’ordre technique, qui consiste à disposer du matériel informatique au moment où les enseignants en ont besoin.

Enfin lorsque l’on montre des films, outre les problèmes soulevés par les droits d’auteur des oeuvres cinématographiques ou des extraits des émissions de télévision, il faut toujours se positionner et prendre de la distance. Violence/ choc des images : que peut-on montrer ?

Conclusion

La vidéo s’articule finement dans les cours de français avec les autres vecteurs de transmission du savoir ou de sa mise en œuvre que sont le document écrit (qui sert essentiellement de résumé ou de modèle), les séances magistrales, les travaux dirigés.

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