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Sommaire

Comprendre comment des situations d’argumentation peuvent construire le tragique à travers l’étude d’Antigone de Jean Anouilh

Présentation de la séquence

Dans le programme de la classe de troisième, comme dans ceux des autres classes, nous avons à étudier une œuvre dramatique. Mais bien souvent l’étude est centrée autour du dialogue dramatique ou des ressorts du comique. C’est pourquoi en 3ème , en étudiant une tragédie, j’ai choisi d’aller plus en profondeur et de montrer aux élèves comment le discours argumentatif est source de tragique.

Cette séquence a été réalisée dans une classe très hétérogène qui regroupait beaucoup d’élèves faibles et n’aimant pas lire. Antigone présentait l’avantage d’être un texte court, écrit dans une langue qui leur est plus familière que la langue classique. De plus, ils se reconnaissent assez facilement lorsqu’ils sont amenés à analyser la révolte de l’héroïne.

Mais la classe comprenait également d’excellents élèves qui passeraient en seconde et seraient donc amenés à lire des tragédies du XVIIème siècle. C’est pourquoi, parallèlement à la pièce d’Anouilh, j’ai étudié quelques extraits de pièces de Racine, dont La Thébaïde qui présente certaines symétries avec Antigone.

Réalisée au deuxième trimestre, cette séquence faisait suite à une séquence sur le dialogue argumentatif dans le récit dont l’objectif était de réactiver les connaissances minimales sur la situation d’argumentation (thèse, arguments, connecteurs logiques, figures de style au service de ce type de discours...). C’était une séquence très brève dont le support était le film Marquise, vu par les élèves lors d’une sortie au cinéma. L’objectif était de leur apprendre à différencier comédie et tragédie.

Objectifs de la séquence

- Objectif global : Comprendre comment des situations d’argumentation peuvent construire le tragique.

- Objectifs intermédiaires :

  • repérer et analyser une situation d’argumentation (réactivation, consolidation)
  • repérer la thèse soutenue et la thèse rejetée
  • repérer et utiliser les modalisateurs
  • écrire une lettre argumentative
  • comparer tragédie classique et tragédie contemporaine ; définir le genre

- Objectif culturel : étudier le traitement du même mythe de l’Antiquité à nos jours

Descriptif de la séquence

La pièce avait été donnée à lire aux élèves quinze jours avant son étude.

Séance 1 : Lecture / Oral. Connaître le mythe d’Antigone et le contexte de création de la pièce pour comprendre l’œuvre

Cette séance propose aux élèves un travail en deux temps :
1) un travail d’enquête au CDI afin de définir ce qu’est un mythe et de découvrir celui d’Antigone et sa postérité littéraire (cf. questionnaire ci-dessous)
2) une synthèse en classe.

- Travail de recherche à effectuer au CDI

I/ Le mythe d’Antigone

1/ Qu’est-ce qu’un mythe ?
2/ Cherchez qui étaient les Labdacides. Etablissez un arbre généalogique.
3/ Qui était Œdipe ? Quelles furent les différentes étapes de son histoire ?
4/ Qui était Antigone ? Quelles furent les étapes de son histoire ?
5/ Faites une brève recherche sur les rites funéraires dans la Grèce Antique. A quoi était condamné un défunt privé de sépulture ?

II/ Antigone, personnage de théâtre

1/ Quel grand auteur dramatique grec a présenté pour la première fois le mythe d’Antigone sur scène ? Dans quelle pièce ?
2/ Quels dramaturges ont, par la suite, choisi le mythe d’Antigone pour sujet de leur pièce ?
3/ A quelle date est écrite la pièce d’Anouilh ? A quelle date est-elle créée sur scène ? Où ?
4/ En quoi le personnage d’Antigone n’est-il plus seulement dans cette pièce un personnage antique ? Que représente-t-il aussi ?

Séance 2 : Lecture/ Lecture de l’image. Etudier l’exposition pour définir le genre de la tragédie

S’appuyant sur Le Prologue (pages 9 à 13) , cette séance en propose une lecture méthodique dont l’objectif n’est pas seulement de réactiver les connaissances des élèves sur la notion d’exposition, mais aussi de définir le genre de la tragédie et de montrer en quoi Anouilh utilise et se démarque à la fois de la tragédie classique.

Mes élèves ayant le nouveau manuel Hatier, je me suis appuyé sur le questionnaire de lecture qu’il propose page 221.

Les 3 axes d’études sont donc : la situation d’énonciation, les éléments de l’exposition,la mise en place du tragique.

Dans la question 3, le problème du décor est abordé. J’ai ici intégré une lecture orale de l’image. Il s’agissait de comparer deux décors pour cette pièce, dans deux mises en scène différentes : photos pages 220 et 219. J’ai demandé aux élèves de retrouver les éléments du décor qui faisaient référence d’une part à l’Antiquité, d’autre part au monde contemporain.

Dans la question 5 , on montrera aux élèves qu’Anouilh tient à la juxtaposition des registres de langue. Cela débouchera sur des exercices et une évaluation.

Séance 3 : Lecture / Ecriture. Comparer l’exposition de la pièce d’Anouilh à celle de La Thébaïde de Racine

On s’appuiera sur la scène 1 du premier acte de La Thébaïde, lue et expliquée oralement en classe.


La Thébaïde ou Les Frères ennemis de Jean RACINE

ACTE I, scène 1

JOCASTE, OLYMPE

Jocaste

Ils sont sortis, Olympe ? Ah ! mortelles douleurs !
Qu’un moment de repos me va coûter de pleurs !
Mes yeux depuis six mois étoient ouverts aux larmes
Et le soleil les ferme en de telles alarmes !
Puisse plutôt la mort les fermer pour jamais,
Et m’empêcher de voir le plus noir des forfaits !
Mais en sont-ils aux mains ?

Olympe

Du haut de la muraille
Je les ai vus déjà tous rangés en bataille ;
J’ai vu déjà le fer briller de toutes parts ;
Et pour vous avertir j’ai quitté les remparts.
J’ai vu, le fer en main, Etéocle lui-même ;
Il marche des premiers ; et, d’une ardeur extrême,
Il montre aux plus hardis à braver le danger.

Jocaste

N’en doutons plus, Olympe, ils se vont égorger
(A un page)
Que l’on coure avertir et hâter la princesse ;
Je l’attends, Juste ciel, soutenez ma faiblesse !
Il faut courir, Olympe, après ces inhumains ;
Il les faut séparer, ou mourir par leurs mains.
Nous voici donc, hélas ! à ce jour détestable
Dont la seule frayeur me rendoit misérable !
Ni prières ni pleurs ne m’ont de rien servi ;
Et le courroux du sort vouloit être assouvi.
O toi, soleil, ô toi qui rends le jour au monde,
Que ne l’as-tu laissé dans une nuit profonde !
A de si noirs forfaits prêtes-tu tes rayons ?
Et peux-tu sans horreur voir ce que nous voyons ?
Mais ces monstres, hélas ! ne t’épouvantent guères ;
La race de Laïus les a rendus vulgaires ;
Tu peux voir sans frayeur les crimes de mes fils,
Après ce que le père et la mère ont commis.
Tu ne t’étonnes pas si mes fils sont perfides,
S’ils sont tous deux méchants, et s’ils sont parricides :
Tu sais qu’ils sont sortis d’un sang incestueux,
Et tu t’étonnerois s’ils étoient vertueux


On proposera ensuite un questionnaire qui débouchera sur une mise en avant, en interaction orale, des points communs et des différences entre ces deux scènes d’exposition.

Dans une bonne classe de 3ème, ce questionnaire pourrait faire l’objet d’une évaluation, après une lecture du texte en classe.

Questionnaire proposé

1/ Sous quelle forme se présente cette scène ? Comment est-elle écrite ?
2/ Complétez ce tableau pour analyser la situation d’énonciation.

TABLEAU

Qui sont les locuteurs ? Où a lieu leur échange ? A quel moment a lieu l’échange ? De quoi parlent les locuteurs ?
3/ Quel registre de langue utilisent les personnages ?
4/ Rappelez qui est Jocaste.
5/ Quel sentiment l’envahit dans la première réplique ? A quoi le voyez vous dans sa façon de s’exprimer ? (On travaillera sur le rôle des types de phrases dans le texte et la diction tragique)
6/ Que préférerait-elle alors ?
7/ Qui Jocaste veut-elle qu’on aille chercher ?
8/ En quoi cette scène est-elle une scène d’exposition ?

A la suite de cette étude, on proposera aux élèves un sujet d’écriture qui sera réalisée en ateliers en classe. En binômes (mais cela est réalisable de façon individuelle dans une classe de bon niveau), on leur proposera de transposer la scène d’exposition de La Thébaïde en l’écrivant sous la forme de celle d’Antigone. Il s’agit donc d’écrire un prologue et de réutiliser la même situation d’énonciation et ainsi les mêmes registres de langue.

Barème appliqué à ce devoir :

Mise en place et respect de la situation d’énonciation / 2 points
Respect de l’intrigue et mise en place de l’exposition / 3 points
Mélange d’éléments antiques et contemporains / 2 points
Mélange des registres de langue / 2 points
Respect du statut et de l’identité des personnages (caractère, rang social ...) / 2 points
Orthographe et grammaire / 2 points
Choix des temps ; conjugaison / 2 points
Richesse du vocabulaire / 2 points
Originalité du devoir / 3 points

Séance 4 : Lecture. Définir le personnage d’Antigone à travers l’étude d’un échange argumentatif


Cette séance étudie l’échange entre Antigone et sa sœur Ismène. La lecture méthodique vise à réinvestir ce que les élèves savent sur la situation d’argumentation et à montrer comment, à travers cet échange unilatéral, se construit le tragique du personnage d’Antigone.

On choisira deux axes pour la lecture méthodique de ce passage :

- 1er axe : Les enjeux du dialogue

1/ Identifiez les deux locuteurs. Quel personnage vous semble mener le dialogue ?
2/ Quel est l’enjeu du discours d’Ismène ?
3/ En quoi peut-on dire qu’il y a une progression dans son discours ? Relevez ses arguments selon qu’ils font référence à l’autorité familiale, à la politique ou à la force.
4/ Quel champ lexical domine dans le passage « Ils nous hueront...je ne veux pas... » Pourquoi Ismène l’utilise-t-elle ?
5/ Antigone oppose-t-elle une contre argumentation à celle de sa sœur ?

- 2ème axe : Le personnage d’Antigone

1/ En vous aidant de la réponse précédente, dites pourquoi Antigone apparaît ici comme une héroïne tragique.
2/Antigone a-t-elle été convaincue ? Justifiez votre réponse en identifiant le procédé grammatical utilisé par Ismène à la fin du texte qui le prouve.
3/ Quel trait de caractère d’Antigone apparaît dans les lignes 30 à 40 ?
4/ Quel sens donnez-vous à l’expression « Pauvre Ismène » ? Quelle conception Antigone a-t-elle de la vie ?

Séance 5 : Conjugaison/Grammaire. Savoir former et employer le conditionnel


Cette séance envisage l’étude du conditionnel à travers l’étude de la scène entre Antigone et Hémon. On réinvestira ainsi les acquis sur le tragique d’Antigone et on verra en quoi l’emploi du conditionnel le renforce puisqu’il lui sert à imaginer ce qu’aurait été sa vie si elle n’avait pas dû mourir.

On envisagera la morphologie et la syntaxe en distinguant les valeurs modales et les valeurs temporelles du conditionnel.

- Travail de préparation :
Relevez toutes les formes verbales au conditionnel dans ce passage.
Le corrigé montrera aux élèves l’existence de deux formes communément appelées présent et passé.

Après une réactivation de la morphologie (avec insistance sur la différence ai/ ais), on envisagera le questionnaire suivant (à l’écrit ou à l’oral : interaction ou passage d’élèves au tableau) pour étudier ses emplois :

1/ Page 39 : « Tu sais, je l’aurais bien défendu contre tout ». Que marque la forme au conditionnel ?

2/ « Et je voulais te dire que j’aurais été très fière d’être ta femme » (page 42)
Imagine que tu es Hémon et que tu reproches à Antigone de ne pas te l’avoir dit plus tôt . Ecris la phrase que tu lui adresserais. Quel mode as-tu utilisé ? Le reproche était-il agressif ?

3/ « Nous aurons d’autres soirs, Antigone » (Page 38)
Imagine que tu es Hémon et que tu expliques à Antigone à quelle condition ces autres soirées seront possibles. Ecris la phrase en utilisant une proposition subordonnée.
Quelle est la nature de la subordonnée utilisée ? A quel mode est-elle ? Et la principale ?

4/ « Le petit garçon que nous aurions eu tous les deux » (page 39)(à l’écrit ou à l’oral : interaction ou passage d’élèves au tableau)
Quelle est la nature de la subordonnée « que nous aurions eu » ? Pourquoi est-elle au conditionnel ?

5/ « Antigone déclara qu’elle mourrait »
Sur un axe du temps où placerais-tu ces deux actions ? Laquelle a lieu avant l’autre ?

A l’issue de ce questionnaire, on distribuera une fiche synthèse et on fera des exercices ( cf. manuel Hatier grammaire 4ème).

- Evaluation

1- Dictée : texte d’après Le meunier d’Angibault de George Sand.

« Le testament du vieux fou »

- Quand je mourrai, répétait le vieux fou, tu seras mon héritier.
Louis, le meunier, riait à gorge déployée.
- Si tu mourais, j’hériterais de ta cabane, mon oncle : la belle affaire ! Elle s’écroulerait. Si tu avais de l’argent, tu ne serais pas mendiant.
Un soir, le vieux fou eut un accident. Sur son lit de mort, il réclama un papier pour écrire son testament : dans un grand pot de fer, il y avait deux fois cinquante mille louis d’or. Ce récipient, on le trouverait enterré au beau milieu de la mauvaise cabane de pierre et de paille qui lui servait de maison.
- Je te l’avais bien dit, mon neveu, que tu serais mon héritier. Voilà, c’est signé. Si tu faisais dire une messe pour le repos de mon âme, j’en serais content. Ainsi le Bon Dieu me pardonnerait-il mes petits vols et les gros mensonges que j’ai racontés.
Mais qui aurait cru les choses que ce vieux fou avait racontées ! Qui l’aurait pris au sérieux ?

D’après George Sand, Le meunier d’Angibault

Le barème prendra en compte toutes les formes verbales bien conjuguées (futur/conditionnel) et les autres fautes seront pénalisées d’1/4 de point.

2- Exercices de conjugaison et sur les valeurs du conditionnel.

Séance 5 : Lecture. Etudier un échange argumentatif pour comprendre l’évolution du personnage d’Antigone et sa signification

- Le support Il s’agit de la « grande » scène argumentative de la pièce : l’échange entre Antigone et Créon. On se limitera aux pages 84 à 99.

La lecture méthodique (dans laquelle on fera trouver aux élèves les axes de lecture en s’appuyant sur ce qui a été vu précédemment) reprend les acquis sur le dialogue argumentatif (en les approfondissant), et montre comment le personnage a évolué dans sa dimension tragique ainsi que ce qu’il représente.

- Questionnaire pour une lecture méthodique du passage.

I/ Un échange argumentatif
1/ Qui parle le plus dans les pages 84 à 99 ? Expliquez de façon claire quelle est la visée de son discours.

2/
a) Quel est le premier argument utilisé par Créon (pages 84 à 89) ? Quel procédé utilise-t-il ?
b) Qu’apprend-il à Antigone à la page 89 ? Quelle est la réaction de celle-ci ? Est-elle convaincue ?

3/ Quel argument Créon ajoute-t-il dans les pages 91 à 93 ? En vous appuyant sur le texte, montrez qu’Antigone n’est toujours pas convaincue.

4/ Quel dernier argument Créon tente-t-il alors d’utiliser ?

5/ En quoi l’arrivée d’Ismène aggrave-t-elle le conflit ?

6/ En vous aidant de la didascalie, expliquez les dernières paroles d’Antigone à la page 99.

II/ L’évolution du personnage d’Antigone et sa signification
1/ Pourquoi Antigone traite-t-elle plusieurs fois Créon de « cuisinier » ? Sur quel ton s’adresse-t-elle à lui ?

2/ Quelle conception Antigone a-t-elle de la vie et du bonheur ? En quoi s’oppose-t-elle à celle de Créon ?

3/ Que symbolise le conflit entre Antigone et Créon ? En quoi peut-on dire qu’il est moderne ?

Séance 6 : Grammaire. Savoir exprimer l’hypothèse


On utilisera le même support qu’en séance 5 en se limitant au pages 67 à 72.

Questionnaire d’observation

Lisez le texte et répondez à ces questions :

1/ Les groupes soulignés présentent-ils des faits réels ?

2/ Ces groupes appartiennent-ils à des phrases simples ou complexes ? Quel lien unit les propositions ? Entourez les termes introducteurs dans le texte. Quelle est leur nature ?

3/ Dans la phrase « Si tu te tais, j’ai une chance de te sauver », l’hypothèse est-elle réalisable ?

4/ Pour les phrases suivantes, précisez si l’hypothèse porte sur le présent, le futur ou sur le passé, et si elle est réalisable ou irréalisable.

« Si c’était un être que tu aimais vraiment, tu te mettrais à hurler. »

« Si tu avais été une servante, tu n’aurais pas douté que tu allais mourir. »

5/ Réécrivez la phrase « Si un messager dévale du fond des montagnes, je le prierai de s’en retourner. »

- en changeant le mot subordonnant
- en supprimant la subordination
- en mettant la subordonnée au mode participe

Après ce questionnaire d’observation et une synthèse orale en interaction, on proposera des exercices qui donneront ensuite lieu à une évaluation.

Fiche de synthèse : L’expression de l’hypothèse

- I/ L’hypothèse dans la phrase simple

Elle peut être exprimée par :

  • Un groupe prépositionnel : « Sans autorisation de sa nourrice, Antigone ne pouvait pas sortir. »
  • Un groupe au gérondif : « En retournant enterrer son frère, Antigone se fera punir. »
  • Un nom, un GN ou un adjectif mis en apposition : « Condamnée, Antigone n’aura plus de chance de survivre. »
  • Un groupe à l’infinitif : « A moins d’arrêter, Antigone sera tuée. »

- II/ L’hypothèse dans la phrase complexe

  • A/ Dans une proposition indépendante. Celle-ci est alors introduite par un adverbe connecteur (sinon, autrement ) et elle est au conditionnel : « Elle n’a pas avoué, sinon Créon l’aurait tuée ».
  • B/ Dans deux indépendantes juxtaposées ou coordonnées. On peut exprimer l’hypothèse en juxtaposant ou coordonnant deux propositions indépendantes.
    Exemples :
    Elle n’aurait pas enterré son frère, Antigone serait vivante.
    Qu’elle cesse et elle sera graciée.

Elles peuvent être aux modes : indicatif, subjonctif, conditionnel et impératif.

  • C/ Dans une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle hypothétique en « si ». C’est le moyen le plus fréquent pour exprimer l’hypothèse.
    • L’hypothèse appartient au réel (on sait qu’elle est tout à fait réalisable).

TABLEAU

    • L’hypothèse n’appartient pas au réel.

TABLEAU

  • D/ Dans d’autres propositions subordonnées conjonctives hypothétiques :
    • introduites par selon que, suivant que + indicatif : « Selon que j’aurai le temps ou pas, je viendrai ou pas. »
    • introduites par à condition que, pourvu que, pour peu que + bubjonctif : « Pour peu qu’elle le veuille, elle y arrivera ».
    • introduites par au cas où, dans l’hypothèse où + conditionnel : « Au cas où elle serait là, emporte des fleurs. »
  • E/ Dans une proposition participiale. Comme toute subordonnée participiale, elle est au mode participe et a son sujet propre. Elle est complément circonstanciel d’hypothèse.
    Ex. : « La pluie persistant, elle rentrera de bonne heure. »

Evaluation de grammaire

- Exercice 1 : Retrouvez les mots subordonnants qui introduisent les subordonnées d’hypothèse dans ces phrases. ( 2 points)

1/ Quand on envoie un satellite dans l’espace, il est plus prudent d’en envoyer un second ................ le premier tomberait en panne.
2/ ....... il y avait des micro-organismes sur mars, ce serait signe que la vie est un phénomène universel.
3/ Il existe des illusions du toucher : ........... nous tenons une bille entre les deux doigts croisés, nous avons la sensation de toucher deux objets distincts.
4/ .................... vous découvririez des fossiles, vous devriez prévenir la direction régionale de l’action culturelle.

- Exercice 2 : Indiquez si les propositions subordonnées en italiques sont des subordonnées hypothétiques ou des interrogatives indirectes. (2,5 points )

1/ Il se demande si les gens qui se rendent à cette cérémonie savent qu’il va pleuvoir.
2/ S’il vient à dire que les gens qu’il a rencontrés sont extraordinaires, je l’interromprai.
3/ Le chef ne sait pas s’il doit rire ou sévir.
4/ Je serai contente si nous réussissons à monter cette expédition.
5/Il serait meilleur à manger s’il n’était ni trop cru ni trop cuit.

- Exercice 3 : Relevez le groupe ou la proposition qui exprime l’hypothèse et dites par quel moyen, autre que la subordination, elle est exprimée. ( 2 points)

1/ Avec un peu d’audace, nous aurions pu poursuivre nos recherches.
2/ Montrez-lui ce crâne et vous verrez qu’il vous dira la même chose.
3/ On peut, en observant la couche géologique dans laquelle il se trouve, dater à peu près un fossile.
4/ Il y est question de nos origines ; autrement cela ne m’intéresserait pas.

- Exercice 4 : Récrivez ces phrases en remplaçant la conjonction « si » par la locution indiquée. Faites les modifications qui s’imposent. Indiquez entre parenthèses à quel mode vous avez mis le verbe. ( 4 points )

1/ Je serai satisfait si nous y arrivons. (pourvu que)
2/ Je vous emmène avec moi si vous gardez le secret. (à condition que)
3/ Si vous passez par Paris, allez donc saluer Lucie de ma part. (au cas où)
4/ Si nous trouvons quelques fossiles, nous serons heureux. (pour peu que)

- Exercice 5 : Indiquez la valeur de l’hypothèse dans ces phrases : potentiel, irréel du présent, irréel du passé. ( 4 points )

1/ Si tu avais été plus vigilant, tu n’aurais pas rencontré tous ces problèmes.
2/ Si je le pouvais, je partirais dès demain à l’autre bout du monde.
3/ Si Bill Clinton n’avait pas menti, il n’aurait pas été traduit devant le tribunal.
4/ Si l’on pouvait répondre, ça se saurait.

- Exercice 6 : Lisez ce texte puis répondez aux questions. ( 5,5 points )

Nohant, 23 août 1841

Maurice (1) me dit que vous viendrez peut-être, cher ami (2). Tâchez donc que ce ne soit pas peut-être. Je comprends que vous songiez à prendre des bains de mer ; mais d’abord vous n’êtes pas sûr que cela ne vous fasse pas du mal au lieu de bien, par une année aussi froide et aussi malsaine que celle-ci. Ensuite, vous dépenserez de l’argent et en troisième lieu vous vous ennuierez peut-être. Ici, vous ne vous ennuierez peut-être pas. Pauline(3) y sera d’abord. Elle s’est bien trouvée de la quinzaine qu’elle vient d’y passer et elle pense sérieusement à y revenir le mois prochain. Et puis, nous serons bien gentils et nous serons aimables tant que nous pourrons. Ensuite, vous vous y porterez bien ; notre pays est très sain et l’automne y est magnifique. Si vous aimez le billard, on en a mis partout. Si vous aimez la musique, il en pleuvra, et de la première qualité (4). Si vous aimez les chiens, il y en a de magnifiques : Léda, Pistolet, Jessie, etc. Si vous voulez apporter votre chat Cupidon, il y sera reçu comme vous-même... Enfin, vous ne dépenserez pas d’argent, ce qui est une dernière considération à peser par le temps qui court et les chiens de métiers que nous avons.

George SAND, Correspondance

(1) : Maurice est le fils de George Sand et l’élève de Delacroix. (2) : La lettre est adressée au peintre Eugène Delacroix. (3) : Pauline Viardot, cantatrice dont Delacroix était amoureux. (4) : En effet, Chopin, amant de George Sand est en séjour à Nohant.

Questions
1/ A quel genre littéraire appartient ce texte ? Quel est le discours qu’il utilise ? (1 point)
2/ Relevez quatre subordonnées hypothétiques dans le texte. (2 points)
3/ Dans un paragraphe rédigé, expliquez pourquoi George Sand emploie ces subordonnées dans le texte et quelle valeur elles ont.(2,5 points)

On donnera un devoir de lecture à réaliser à la maison : étude de l’argumentation dans un extrait d’une tragédie classique

Devoir de lecture

Lisez le texte puis répondez aux questions.


Privés de vent, les bateaux grecs ne peuvent voguer vers Troie. Le devin Calchas révèle aux Grecs que les dieux exigent le sacrifice de la fille de leur chef, Agamemnon. Ce dernier fait donc venir au camp sa fille Iphigénie, sous prétexte de la marier avec Achille. Peu après son arrivée avec sa mère Clytemnestre, Iphigénie apprend la vérité de la bouche d’Arcas, le confident d’Agamemnon.

Iphigénie


Mon père, Cessez de vous troubler, vous n’êtes point trahi :
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Ma vie est votre bien, vous voulez le reprendre :
Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre.
D’un œil aussi content (1), d’un cœur aussi soumis,
Que j’acceptais l’époux que vous m’aviez promis,
Je saurai, s’il le faut, victime obéissante,
Tendre au fer de Calchas une tête innocente ;
Et, respectant le coup par vous-même ordonné,
Vous rendre tout le sang que vous m’avez donné.
Si pourtant ce respect, si cette obéissance
Paraît digne à vos yeux d’une autre récompense ;
Si d’une mère en pleurs vous plaignez les ennuis (2),
J’ose vous dire ici qu’en l’état où je suis,
Peut-être assez d’honneurs environnaient ma vie
Pour ne pas souhaiter qu’elle me fût ravie,
Ni qu’en me l’arrachant, un sévère destin,
Si près de ma naissance, en eût marqué la fin.
Fille d’Agamemnon, c’est moi qui la première,
Seigneur, vous appelais de ce doux nom de père ;
C’est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux,
Vous ai fait de ce nom remercier les dieux,
Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caresses,
Vous n’avez point du sang (3) dédaigné les faiblesses.
Hélas ! avec plaisir je me faisais conter
Tous les noms des pays que vous allez dompter :
Et déjà, d’Ilion (4) présageant la conquête,
D’un triomphe si beau je préparais la fête ;
Je ne m’attendais pas que, pour le commencer,
Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.
Non que la peur du coup dont je suis menacée
Me fasse rappeler votre bonté passée.
Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux (5),
Ne fera point rougir un père tel que vous ;
Et, si je n’avais eu que ma vie à défendre,
J’aurais su renfermer un souvenir si tendre.
Mais, à mon triste sort, vous le savez seigneur,
Une mère, un amant (6), attachaient leur bonheur.
Un roi digne de vous a cru voir la journée
Qui devait éclairer notre illustre hyménée (7) ;
Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis,
Il s’estimait heureux : vous me l’aviez permis ;
Il sait votre dessein ; jugez de ses alarmes.
Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes.
Pardonnez aux efforts que je viens de tenter
Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

Agamemnon

Ma fille, il est trop vrai. J’ignore pour quel crime
La colère des dieux demande une victime :
Mais ils vous ont nommée. Un oracle cruel
Veut qu’ici votre sang coule sur un autel.
Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières,
Mon amour n’avait pas attendu vos prières.
Je ne vous dirai point combien j’ai résisté :
Croyez-en cet amour par vous-même attesté.
Cette nuit-même encore, on a pu vous le dire,
J’avais révoqué l’ordre où (8) l’on me fit souscrire :
Sur l’intérêt des Grecs vous l’aviez emporté.
Je vous sacrifiais mon rang, ma sûreté.
Arcas allait du camp vous défendre l’entrée :
Les dieux n’ont pas voulu qu’il vous ait rencontrée.
Ils ont trompé les soins (9) d’un père infortuné
Qui protégeait en vain ce qu’ils ont condamné.

Jean RACINE, Iphigénie, Acte IV, scène 4 (vers 1169-1236)

(1) : Content : calme, satisfait
(2) : Ennuis : douleurs
(3) : Sang : lien de parenté
(4) : Ilion : Troie
(5) : Jaloux : soucieux de...
(6) : Amant : qui aime et qui est aimé en retour
(7) : Hyménée : mariage
(8) : Où : auquel
(9) : Soins : précautions


Questionnaire

1/ Qui sont les personnages en présence ? A quelle catégorie sociale appartiennent-ils ? Relevez-les indices qui le prouvent. Quelle conclusion pouvez vous en tirer à propos de la pièce ?
2/ Qui s’exprime le plus ? Comment expliquez-vous la longueur de son discours ?
3/ Quel lien unit les deux interlocuteurs ? Dans quel vers cette relation est-elle mise en valeur ? Pourquoi ?
4/ Iphigénie se révolte-t-elle contre son sort ? Quelle est son attitude face à la mort ?
5/ Que cherche-t-elle à obtenir de son interlocuteur ?
6/ Quel est l’argument avancé dans les vers 12 et 13 ? Quel moyen grammatical Iphigénie utilise-t-elle pour le présenter de façon détournée ?
7/ Sur quelle opposition le vers 19 est- il construit ? Quel argument avance ici Iphigénie ?
8/ Expliquez l’argument développé dans les vers 20 à 37.
9/ Quels personnages évoque ensuite Iphigénie ? Quel est leur sentiment ? Dans quel but parle-t-elle d’eux ?
10/ L’argumentation d’Iphigénie a-t-elle été efficace ? Comment qualifieriez-vous alors cette scène ? Qui Agamemnon rend-il responsable de la situation ?

Séance 7 : Ecriture. Correction de l’exercice d’écriture donné en séance 2

Séance 8 : Orthographe. Réactiver les acquis sur les accords simples du participe passé

Après une relecture du texte, on définira le type d’énonciation et on justifiera l’emploi des temps, notamment le passé composé. Puis on posera le problème posé par l’emploi de ce temps : l’accord du participe passé.

On demandera ensuite aux élèves de compléter un texte à trous qui donnera lieu à la révision des règles de l’accord du participe passé.

Support : Extrait à trous du discours du garde (pages 88-89).

Complétez ce texte en replaçant les verbes de la liste suivante et en les conjuguant au temps qui convient : décider - voir - essayer - dégager - continuer -arrêter - empoigner - aller - éblouir.

Le Garde

Chef, vous pouvez demander aux autres. On ............................................. le corps à mon retour ; mais avec le soleil qui chauffait, comme il commençait à sentir, nous ............................................... sur une petite hauteur, pas loin, pour être dans le vent. On se disait qu’en plein jour, on ne risquait rien. Pourtant, on .......................................... , pour être plus sûrs, qu’il y en aurait toujours un de nous trois qui le regarderait. Mais à midi, en plein soleil, et avec l’odeur qui montait de puis que le vent ................................................, c’était comme un coup de massue. ...........................,j’avais beau écarquiller les yeux, ça tremblait comme de la gélatine, je voyais plus. Je vais au camarade lui demander une chique pour passer ça... Le temps que je me la cale à la joue, chef, le temps que je lui dise merci, je me retourne, elle était là à gratter avec ses mains. En plein jour ! Elle devait bien penser qu’on ne pouvait pas ne pas la voir. Et quand elle ............... que je lui courais dessus, vous croyez qu’elle ......................................... son acte, qu’elle ........................................... de se sauver peut-être ? Non. Elle ..................................... de toutes ses forces aussi vite qu’elle pouvait, comme si elle ne me voyait pas arriver. Et quand je l’ ............................................., elle se débattait comme une diablesse, elle voulait continuer encore, elle me criat de la laisser, que le corps n’était pas encore tout à fait recouvert.

Puis on fera des exercices et on proposera une évaluation dont un exercice de type brevet : réécriture d’un texte à mettre au passé composé.

Séance 9 : Evaluation d’orthographe.

Exercice 1 : Mettez ces phrases à la voix passive (4 points )

1) Oui, j’aime Hémon.
2) Créon tuera Antigone.
3) Thèbes saura la nouvelle.
4) Le garde raconte les événements à Créon.

Exercice 2 : Récrivez ce texte en le transposant au passé composé. ( 8 points)

Créon et tous ceux qui l’entourent entendent des plaintes qui sortent soudain du tombeau. Chacun écoute. Tous regardent Créon. Lui, il sait déjà, avant les autres. Il hurle comme un fou. Les esclaves enlèvent les blocs entassés, les repoussent. Les pierres bougent enfin et le plus mince entre par l’ouverture. On bouge un bloc encore et Créon peut enfin descendre. Ses cheveux blancs, on les voit dans l’ombre. Hémon prend son épée, la plonge dans son ventre.

Exercice 3 : Complétez ces phrases à l’aide des verbes donnés ci-dessous et en les mettant au passé composé. ( 8 points)

Rapporter - imaginer - donner - refuser - devoir - quitter - ajouter - retrouver

1) Antigone nous................... tous.

2) On les ............................................... embrassés.

3) Il m’ .................................... une grande fleur de papier qu’il .................................... de sa nuit.

4) Je l’.................. souvent ............................. ce dialogue avec un petit jeune homme pâle.

5) Après, tu ........................................ les admirer avec leurs premières cigarettes.

6) Et tu risques la mort maintenant, parce que j’........................................ à ton frère ce passeport dérisoire.

7) La vie t’ .............. seulement ............................. tous ces petits plis sur le visage.

Séance 10 : Lecture. Etudier le dénouement d’une tragédie

En guise de conclusion à la séquence, on étudiera le dénouement de la tragédie.

Support : Pages 118 à 121. De « une terrible nouvelle » à « cela doit être bon de dormir ».

1/ Qui intervient sur scène pour mettre en place le dénouement ?

2/ Quelles sont les nouvelles que l’on apprend ? Quel type de discours est alors utilisé ? Pourquoi ces événements ne sont-ils pas représentés sur scène ?

3/ Quels champs lexicaux vous paraissent dominants dans ce passage ? Pourquoi sont-ils utilisés ?

4/ En quoi peut-on dire que les personnages de Hémon et de Créon ont changé ?

5/ Comment interpréteriez- vous ces paroles de Créon : « Ils ont fini, eux. » (page 118) et « cela doit être bon de dormir » (page 121) ?

On corrigera aussi dans cette séance le devoir de lecture fait à la maison.

Séance 11 : Ecriture. Evaluation finale : Ecrire une lettre argumentative

- Support : Dialogue entre Antigone et Hémon (pages 36 à 44), ainsi que la séance sur le conditionnel.
On demandera dans ce sujet de réinvestir les acquis sur le discours argumentatif dans une de ses formes simples : la lettre. Ce genre a en général été étudié en 4ème , ce qui facilite le travail.

- Sujet :

Dans cet échange, Antigone fait promettre à Hémon qu’il sortira sans rien dire, sans la regarder. Elle lui fait ensuite comprendre qu’elle s’est résignée à mourir. Fidèle à sa promesse, Hémon sort sans rien dire.
Imaginez que le personnage d’Hémon, contrairement à Antigone, refuse la fatalité. Il lui écrit alors une lettre pour la convaincre de réagir et de reprendre goût à la vie.
Ecrivez cette lettre en respectant la disposition de ce genre et en respectant la situation de communication.

Barème pour l’évaluation de ce devoir :

Présentation de la lettre / 2 points
Respect de la situation de communication : - Choix des temps - Choix des pronoms personnels / 2 points
Orthographe/ Conjugaison /1,5 point
Grammaire / Construction des phrases / 1,5 point
Cohérence et développement des arguments / 4 points
Organisation du raisonnement / 3 points
Respect des données de la pièce, originalité du devoir / 4 points
Richesse et correction du vocabulaire / 2 points



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