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Comment faciliter la lecture d’un récit de chevalerie en 5ème ? Comment diversifier les approches et les démarches ?

samedi 8 mai 2010, par CHAUVINEAU Gaëlle Collège Jules Ferry, Mantes-la-Jolie

Sommaire

Gaëlle Chauvineau, collège Pasteur Mantes-la-Jolie

Présentation de la séquence

- Séquence : En quête d’aventures

- Support : Yvain ou le Chevalier au Lion

- Objectifs :

- étudier un récit de chevalerie

- écrire un récit de combat

- découvrir le monde médiéval

- La place de la séquence dans la progression annuelle

Il s’agit de la troisième séquence, elle débute à la fin du premier trimestre.

La séquence n°1 consacrée aux récits brefs permet d’entrer dans la littérature en comparant notamment le texte journalistique et le texte littéraire ; on revoit aussi le discours narratif.

L’étude du discours narratif est approfondie lors de la séquence 2 consacrée au récit policier.

On entre dans l’univers médiéval avec la lecture cursive de Double meurtre à l’abbaye de J. Mirande. Il s’agit d’entrer dans l’univers médiéval par le biais de la littérature pour la jeunesse avant d’en venir à un texte du Moyen Age proprement dit (lecture cursive et petit dossier à faire à la maison : les personnages, les grandes étapes de l’intrigue à rétablir dans l’ordre pour aider à la lecture, le vocabulaire médiéval… Cela sera réinvesti dans la séquence sur Yvain : certains mots ne sont plus inconnus) La lecture de ce roman permet de faire l’articulation entre les deux séquences (le policier et le Moyen Age) et les activités ont pour but d’aborder progressivement l’univers médiéval.

Cf. Accompagnements des programmes p. 96 : « Comme activité préparatoire, la lecture cursive permet de faire découvrir aux élèves une époque […] ou un univers littéraire (romans pour la jeunesse) avant l’étude d’une œuvre ou d’une série d’extraits. Ainsi, avant d’aborder des extraits d’un roman de chevalerie, on conseillera la lecture de textes documentaires sur le Moyen Age, de romans conçus pour de jeunes lecteurs et situés dans un cadre médiéval. »

Le texte

Ceux qui allaient combattre étaient liés depuis longtemps de la plus vive amitié et à ce moment ils étaient des inconnus l’un pour l’autre. Les deux champions, ayant pris du champ, s’élancèrent. Dès le premier choc, ils brisent leurs grosses lances de frêne. Ils ne se parlent pas : s’ils eussent ouvert la bouche, l’étreinte eut été tout autre. Heaumes et écus furent tôt bosselés et fendus, et les lames tôt émoussées, car ils frappaient à toute volée, non pas du plat, mais du tranchant et du pommeau sur les naseaux et sur le cou, sur le front et sur les joues, leur chair en était toute bleuie et le sang cailleboté sous les meurtrissures. Ils se dépensent avec un tel acharnement que peu s’en faut que le souffle ne leur manque : il n’est jagonce ni émeraude fixée à leur heaume qui ne soit moulue et écrasée. Tous s’étonnent qu’ils ne se soient pas encore décervelés. Leurs yeux étincellent, car ils ont les muscles puissants et durs, les os et les poings carrés et gros, et ils taillent de l’épée à tour de bars, et s’en donnent males grognées. Ils ont tant peiné que leur armure ne tient plus. Alors ils se tirent un peu en arrière pour reprendre haleine. Mais leur repos est court, et plus farouchement que jamais ils se courent sus l’un l’autre. Ceux qui regardaient la bataille disaient qu’ils n’avaient jamais vu chevaliers de tel courage. Ils luttent pour de bon, et non par jeu. Jamais ils ne seront récompensés comme ils le méritent. Les combattants ont ouï ces paroles, et ils entendent aussi que les gens parlent d’accorder les deux soeurs. La puînée s’en était remise à la décision du roi, mais l’aînée ne voulait pas faire la paix ; elle était si revêche que la reine genièvre, le roi, les chevaliers et les dames, et les bourgeois prirent tous le parti de l’autre. Ils interviennent auprès du roi pour qu’il donne à la plus petite le tiers ou le quart de l’héritage et sépare des vassaux d’un si grand cœur. Ce serait un trop grand dommage si l’un infligeait à l’autre affront ou plaie irréparable. Le roi répondit qu’il ne voulait pas s‘entremettre de faire la paix, puisque l’aînée s’y refusait, tant elle était méchante créature. Ce mot parvint aux oreilles des deux champions qui continuaient à se pourfendre de plus belle, tellement qu’aux yeux de tous c’était grande merveille que la bataille demeurât indécise, et qu’on ne pût savoir qui avait le dessus et qui le dessous. Les combattants eux-mêmes, qui achetaient l’honneur par le martyre, s’ébahissaient de cette lutte sans issue, et chacun se demandait, émerveillé, quel était le champion qui se tenait si fièrement en face de lui. Ils combattirent encore longtemps, si longtemps que le jour déclina vers la nuit. Tous deux avaient le corps fatigué et le bras dolent, et le sang bouillant leur sortait de mainte blessure, et coulait par-dessous le haubert. Ils souffraient terriblement, et sentaient le besoin de se reposer, et chacun pensait, à part soi, qu’il avait enfin trouvé son pair. Le combat fut suspendu.(Classique Hachette, bibliocollège pp. 79-81)


ENTRER DANS …avant l’étude du texte

Avoir envie de lire le texte, d’y entrer…

Par l’image

a) Etudier des enluminures

Tristan et Palamède

On peut interroger les élèves et leur demander s’ils ont déjà vu ce type d’images ou si cela leur fait penser à quelque chose qui leur est familier. On met ainsi en évidence l’impact du Moyen Age sur le monde d’aujourd’hui.

b) Créer un lien entre le Moyen Age et le monde moderne

L’objectif est de rattacher les élèves à leur univers quotidien, afin de les aider à se projeter dans le monde médiéval

On compare deux images : une scène de combat extraite de Star Wars et une enlminure médiévale : on repère les points communs et les différences

Certains jouets (personnages Légo par exemple) et de nombreux jeux vidéos s’inspirent des héros du Moyen Age et les élèves baignent souvent dans cet univers sans nécessairement le savoir.

Par l’écoute

Avant de lire le texte, les élèves écoutent la lecture d’un extrait en ancien français. (Cela donnera lieu à une séance sur la langue au cours de laquelle les élèves essaieront de traduire un court texte) Ils trouvent en général la lecture amusante, et ensuite, le texte proposé, traduit en français moderne, paraît finalement assez simple…

Extrait d’Yvain en ancien français

le texte en ancien français est disponible à l’adresse suivante : http://www.uottawa.ca/academic/arts/lfa/activites/textes/chevalier-au-lion/R/Rgauv.html


ETRE DANS … lecture analytique du texte

- Objectif

L’objectif est de montrer le caractère surhumain des personnages : des héros (cf. les super héros qu’ils connaissent aujourd’hui), en mettant l’accent sur le plaisir de lire ou d’entendre des récit d’exploits

- Fil conducteur de la lecture analytique, problématique

On met l’accent sur le plaisir de lire ou d’écouter : comment l’auteur a-t-il suscité le plaisir de lire ?

Pourquoi aime-t-on entendre des récits d’exploits mettant en scène des personnages hors du commun ?

- Etude du texte

On s’intéresse tout d’abord au contexte : on replace le texte dans l’ensemble du livre et on rappelle les circonstances qui poussent les deux chevaliers à s’affronter. On précise par ailleurs qu’ils ignorent qui ils sont alors que le lecteur le sait : le lecteur en sait plus que les personnages, il voit donc la scène différemment.

On étudie ensuite la manière dont le combat est décrit. Pourquoi l’auteur insiste-t-il sur les détails ? Il s’agit de donner à voir : le lecteur imagine la scène dans sa tête, il se crée des images : cela participe du plaisir de lire. L’auteur insiste sur la violence du combat ainsi que sur sa durée. Le combat dure, il est interrompu : on retarde le dénouement pour créer un effet d’attente. Cette violence et cette durée sont-elles réalistes ? Non> exagération. Cela répond à une attente du lecteur, de l’auditeur : goût pour le spectaculaire (encore aujourd’hui à travers les jeux vidéos, les films d’action : on aime le grand spectacle>>> côté fascinant) Et ce combat hors du commun renforce l’héroïsme des personnages>> le lecteur aime les récits mettant en scène des personnages hors du commun ( cf. tous les supers héros au cinéma, dans les séries télévisées ou les jeux vidéos)

On définit à cette occasion le mot « héros » ainsi que le mot « champion ». On s’intéresse au champ lexical de la souffrance physique ainsi qu’au thème du courage dans le texte.

On conclut sur le caractère merveilleux de ce combat (le mot « merveille » a déjà été étudié). On est dans l’exagération, l’hyperbole. On a là une image traditionnelle du héros avec des exploits chevaleresques spectaculaires.


SORTIR DE… prolonger

L’étude du texte est le point de départ de l’activité : être écrivain au Moyen Age

- L’atelier « image » : une heure en plus inscrite à l’emploi du temps des élèves

- Lien entre l’activité « image » et la séquence

On commence l’activité en parallèle de la séquence, plutôt en fin de séquence afin de s’être familiarisé avec le roman de chevalerie. L’activité débute après la lecture analytique du combat et après avoir observé des enluminures L’activité s’achèvera pendant la séquence sur la satire au Moyen Age au cours de laquelle on aura travaillé sur la récitation, troubadours, trouvères : les élèves pourront alors lire leur texte en se mettant dans la peau d’un troubadour

- Organisation du travail : par groupes de trois élèves

- Activité proposée :

Inventer un récit de chevalerie :
- un chevalier part en quête d’aventures
- il y aura un combat (contre un chevalier, un dragon, un géant…)
- parmi les personnages, il doit y avoir une dame

1)Travail préparatoire à réaliser à la maison : en utilisant votre cours et votre manuel de Français : – faire la liste de tous les mots appartenant au vocabulaire médiéval – chercher des prénoms caractéristiques de cette époque – chercher la définition du mot « enluminure » – chercher des enluminures (à photocopier dans des livres ou à imprimer sur internet)

2)Rédiger le récit de chevalerie par groupe

3)Travail sur l’écriture au Moyen Age à partir d’un dossier

4)Recopier le récit sur du papier parchemin avec de l’encre et des plumes, illustrer le parchemin d’enluminures, lettrines

- Objectifs :

- écrire un récit de chevalerie

- se documenter sur le travail de l’écrivain au Moyen Age : recherche la fabrication du livre, le travail de l’enlumineur et du copiste

- réaliser une page de parchemin : importance accordée à la page et à l’écriture, réflexion sur l’objet livre

Le site de la bnf propose une page consacrée au manuscrit de Lancelot qu’il peut être intéressant de consulter avec les élèves. Le manuscrit y est numérisé et le tout s’accompagne de commentaires écrits et sonores. C’est l’occasion pour les élèves de « manipuler » un manuscrit du Moyen Age. http://classes.bnf.fr/heros/borne4.htm

- Compétences évaluées

Etre écrivain au Moyen Age : grille de compétences



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