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Sommaire

Introduction

Les monstres de la littérature constituent un monde hétérogène :
- hommes (Dracula) et objets (l’éponyme Bête humaine ou l’alambic dans l’Assommoir chez Zola par exemple), êtres déformés ou difformes (le Cyclope, Quasimodo, Mr Hyde ...)
- et êtres hybrides venus tout droit de l’imagination de leur créateur, nés d’un croisement. La mythologie antique nous en a transmis un certain nombre : centaures / sirènes / sphinx - dans lesquels on peut voir les ancêtres d’un Elephant Man ou issus d’une étrange métamorphose (cf. La Métamorphose de Kafka).

Or, on peut distinguer en définitive deux catégories de monstres :
- un être présentant une aberration par rapport à la norme, par rapport à la nature.
- un être issu de l’imaginaire de l’homme.

Ces deux catégories de monstres - dans leur dimension symbolique - peuvent faire l’objet d’analyses très diverses dans le cadre des nouveaux programmes de lycée. Notre propos est de donner quelques pistes qui nous ont paru exploitables.

Index des pistes et propositions de séquence

Niveau Objet d’étude Thème
2nde Etude d’un mouvement littéraire et culturel au XIXème siècle La figure de l’androgyne dans la littérature et la peinture romantique
2nde Etude d’un mouvement littéraire et culturel au XIXème siècle Le fantastique : automates et créatures
2nde Etude d’un mouvement littéraire et culturel au XIXème siècle Le fantastique : le vampire
2nde Etude d’un mouvement littéraire et culturel au XIXème siècle Le Naturalisme : les métaphores monstrueuses dans les descriptions chez Zola
2nde Etude d’un mouvement littéraire et culturel au XIXème siècle La question sociale : qui sont les monstres, les mineurs qui mènent une vie de bêtes ou les bourgeois qui les exploitent ?
2nde Le genre narratif Le portrait : monstre physique et monstre moral
2nde Le genre narratif Le fantastique : Maupassant Le Horla
2nde Le genre narratif La Tentation de Saint-Antoine, le monstreux
2nde Démontrer, convaincre, persuader L’autre, ce monstre
2nde L’éloge et le blâme Paris, ville fascinante et monstrueuse
1ère Poésie Monstres "du dehors" et monstres "du dedans"
1ère Poésie / réécriture La transposition d’art comme mode de réécriture
1ère Etude d’un mouvement littéraire et culturel du XVIème et XVIIIème siècle L’esthétique classique
1ère Le biographique Le dédoublement : une quête d’identité
1ère Le biographique Portraits et autoportraits monstrueux

I. Une aberration de la nature

Pour cette première acception, on peut revenir au terme latin monstrum qui désigne tout phénomène ou être qui relèvent du prodige, soit tout élément non-naturel, hors norme, contraire à la nature. Le monstre peut ainsi être défini comme aberration de la nature.

La tératologie qui s’est développée à partir du XIXème siècle sous l’impulsion des travaux de Geoffroy Saint-Hilaire a dressé une typologie des aberrations de la nature.

Outre les nains et les géants, largement exploités par la littérature de jeunesse, on pensera en premier lieu à ces figures auxquelles la littérature a donné postérité et notoriété :
- le bossu : Quasimodo
- le cyclope (monstre simple) : cf. Odyssée
- l’androgyne

A. La figure de l’androgyne dans la littérature et la peinture romantique

1. Les origines du motif de l’androgyne

Il est intéressant de partir des mythes (extraits de l’Universalis sur CD-Rom)
- l’ Hermaphrodite dans Ovide, Métamorphoses
- mythe d’Aristophane rapporté par Platon dans Le Banquet : l’humanité était constituée d’êtres à quatre bras et quatre jambes, en forme de boule, qui se révoltèrent contre Zeus et qui furent châtiés par leur séparation en deux, effectuée par le maître des dieux et achevée par Hermès. Dès lors, les corps des humains portent des endroits percés - ceux qu’Hermès a aménagés dans son travail de réparateur, après la couture - et chaque moitié de l’androgyne primitif cherche sa moitié complémentaire : c’est cela que les hommes appellent amour

En Grèce, ainsi que dans l’Asie Mineure, existaient des rites de bisexualité ; les devins, les shamans, ancêtres des philosophes, portaient des robes de femmes (comme en témoigne l’iconographie du dieu Dionysos). La biographie de l’un d’eux, Tirésias, comporte d’ailleurs des traits bisexuels : il fut successivement homme et femme, ce qui fut la cause même de sa cécité et de ses dons prophétiques.

Le pouvoir divinatoire est donc lié à la bisexualité, qui est manifeste dans le geste rituel de l’anasyrma : l’homme travesti en femme relève ses robes sur son sexe, geste sacré qui renvoie à l’origine des hommes, à la procréation mythique. Marie Delcourt montre bien (Mythes et rites de la bisexualité ) que le mythe de l’androgyne trouve son aboutissement dans le mythe de l’oiseau phénix : il n’a pas de géniteur et s’engendre lui-même, dans le processus de combustion mystique où un bûcher lui sert de cercueil et de matrice.

2. La thématique de l’androgyne au XIXème siècle

Cette thématique a connu une vogue à la fin du XIXème, annonçant les théories freudiennes de bisexualité psychique : « le sexe dominant dans la personne aurait refoulé dans l’inconscient la représentation psychique du sexe vaincu ». Ainsi, chaque être humain refoulerait une position sexuelle du sexe auquel il n’appartient pas : la femme refoule l’envie du pénis, auquel elle substitue fantasmatiquement l’enfant ; l’homme a parfois une attitude féminine. Et les deux positions renvoient, pour Freud, à l’idée maîtresse de castration.

3. Des textes pour étudier la thématique de l’androgyne

La thématique de l’androgyne peut être abordée à partir des textes suivants :
- Balzac Sarrasine : un jeune artiste tombe amoureux d’une cantatrice, laquelle est en réalité le castrat Zambinella.
- Balzac Seraphîta : un personnage hermaphrodite immortel.
- Gautier Mademoiselle de Maupin : une femme qui se fait passer pour un homme // G. Sand
- Barbey d’Aurevilly Les Diaboliques
- Villiers de l’Isle Adam l’Eve future (cf. film Metropolis).

On notera également de nombreux personnages de jeunes éphèbes dans la littérature fin de siècle :
- Dorian Gray
- Des Esseintes.

Le motif de l’androgyne fait se croiser les thèmes de la perversion sexuelle, de la fascination et de la répulsion.

4. Le thème de l’inceste : un thème complémentaire

Sont également liés le thème de l’immortalité et celui de l’inceste :

- Balzac La fille aux yeux d’or (ch.III)

Un frère et une sœur qui s’ignorent s’éprennent passionnément de la même femme. La femme, marquise de San-Réal, la tue par jalousie :

« La marquise avait les cheveux arrachés, elle était couverte de morsures, dont plusieurs saignaient, et sa robe déchirée la laissait voir à-demi nue, les seins égratignés. Elle était sublime ainsi. Sa tête avide et furieuse respirait l’odeur du sang. Sa bouche haletante restait entr’ouverte et des narines ne suffisaient pas à ses aspirations. Certains animaux, mis en fureur, fondent sur leur ennemi, le mettent à mort, et tranquilles dans leur victoire, semblent avoir tout oublié. Il en est d’autres qui tournent autour de leur victime, qui la gardent en craignant qu’on ne la leur vienne enlever, et qui, semblables à l’Achille d’Homère, font neuf fois le tour de Troie en traînant leur ennemi par les pieds ».

Puis vient le face à face avec le frère, rival en amour :

« Henri lui arrêta le bras et ils purent se contempler tous deux face à face. Une surprise horrible leur fit couler à tous deux un sang glacé dans les veines, et ils tremblèrent sur leurs jambes comme des chevaux effrayés. En effet, deux Ménechmes ne se seraient pas mieux ressemblés

 ». La fille aux yeux d’or, III

- Zola Nana (ch. IV)

« Le jeune homme, couché sur le dos, aperçut au-dessus des épaules de cette adorable bête amoureuse qui le regardait, le sphinx de marbre, dont la lune éclairait les cuisses luisantes. Renée avait la pose et le sourire du monstre à tête de femme, et, dans ses jupons dénoués, elle semblait la sœur blanche de ce dieu noir »

. Et un peu plus loin :

« Il eurent une nuit d’amour fou. Renée était l’homme, la volonté passionnée et agissante. Maxime subissait . Cet être neutre, blond et joli, frappé dès l’enfance dans sa virilité, devenait, aux bras de la jeune femme, une grande fille, avec ses membres épilés, ses maigreurs délicieuses d’éphèbe romain. ... Elle pliait sous sa passion cette créature où le sexe hésitait toujours ».

Nous avons là un passage très intéressant où se mêlent les thèmes de la chimère (sphinx), de l’animalité, de l’inceste, de la perversion sexuelle...

5. Documents iconographiques : images fixes et images mobiles

Images :
- les figures de Salomé : Gustave Moreau, peintres pré-raphaélites (Burne-Jones)

Film :
- Orlando (1992) de Sally Potter d’après le roman de Virginia Woolf : un personnage hermaphrodite immortel. Fable fantastique d’Orlando (1928), le héros androgyne (inspiré par la belle romancière Vita Sackville-West) a beau cumuler les personnalités et les sexes, traverser le cours des siècles, il n’empêche qu’à force de vivre ainsi dans une oscillation perpétuelle, il aboutit à une désintégration totale de l’être dont la faute est peut-être l’objectivité. « Dois-je maintenant respecter l’opinion de l’autre sexe, si monstrueuse que je la trouve ? » se demande Orlando. Si la subjectivité enferme et désespère, l’objectivité disperse et détruit la personne : une fois de plus, il n’y a d’absolu que la mort.

6. Autre thème complémentaire

Moins connu, le « monstre » en Y (un tronc et deux têtes). On trouve chez Michaux un texte intitulé Double-tête, dans Epreuves, exorcismes. Cette figure à deux têtes présente une symbolique riche qui repose sur des oppositions :
- dehors / dedans
- bien / mal et qui a été largement exploitée dans la littérature.

B. Le portrait

A partir du cliché beau = gentil, laid = méchant ( par exemple dans les contes de fées), étudier les inversions possibles :

1. beauté physique cache monstruosité (diable)

- Robert le Diable
- TH. Gautier, La morte amoureuse :

« Cette femme était un ange ou un démon, et peut-être tous les deux ; elle ne sortait certainement pas du flanc d’Eve, notre mère commune » (p. 41).

- H. James, Le Tour d’écrou :

« Sa présence balayait tout sentiment autre qu’une sorte de tendresse passionnée. La raison qui me le fit aimer sur le champ fut quelque chose de divin que je n’avais jamais trouvé à un tel degré chez un enfant - un air ineffable de ne rien connaître au monde que l’amour ».

- Cazotte, Le Diable amoureux
- O. Wilde, Portrait de Dorian Gray

2. ou au contraire, la belle âme dissimulée par la difformité physique

Des textes :
- Texte de référence : Rabelais, Prologue de Gargantua sur Socrate
- Hugo, Notre-Dame de Paris (Quasimodo), L’homme qui rit

Nombreux films sur le sujet :
- Tod Browning, Freaks : les héros sont d’authentiques « monstres » de cirque, alors que le véritable monstre dans le film est la belle Cléopâtre que les monstres puniront en la transformant à son tour en « curiosité monstrueuse ».
- David Lynch, Elephant Man
- Tim Burton, Edouard aux mains d’Argent, un conte moral sur la différence (qui rejoint le thème de la créature)

3. Retour possible sur les contes avec La Belle et la Bête (film)

II. Le monstre, produit de l’imaginaire humain

Parallèlement à ces monstres, fruits d’une erreur de la nature, la littérature et l’iconographie fourmillent de figures nées de l’imaginaire de l’homme.

A . L’autre, ce monstre

Est monstre ce qui est autre, est différent. Ce qui fait le monstre, c’est d’abord le regard que l’on porte sur lui.

Niveau Seconde
Objet d’étude Démontrer, convaincre, persuader
Thème L’autre, ce monstre.
Problématique Réfléchir aux attitudes face à la différence : la rejeter, l’exhiber, l’idéaliser, la comprendre ?

1. Barbares et civilisés : le rejet de la différence

Tradition de stigmatisation de l’Autre en monstre depuis les origines :
- Pline, Histoire naturelle, VI, 17-30 : catalogue des races monstrueuses.
- Hérodote, Histoires, II, 35-36. Euterpe, ed. Ph. E. Legrand, Paris 1994.
- Odyssée, le cyclope Chant IX, 172-192, les lestrygons anthropophages Chant X, 100-124.

Tradition reprise par les grands voyageurs :
- Marco Polo, Le devisement du monde
- Jean de Mandeville, Voyage autour de la terre

Elargissement possible :
- On peut penser à la rencontre du roi et du cynocéphale dans le roman d’Alexandre.
- On trouvera alors un écho chez un auteur contemporain : Alejo Carpentier, La Harpe et l’ombre, Paris 1992 qui met en scène Christophe Colomb.
- On peut également montrer l’influence sur les théories racistes du XIXème, théories instrumentalisées au profit du colonialisme : Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines

2. Différence « monstrueuse » qui peut devenir un commerce lucratif en jouant sur l’attraction/répulsion qu’elle suscite

- Dans Cannibale (1998), D. Daeninckx témoigne du sort malheureux des Kanak envoyés à Paris pour être exhibés lors de l’exposition universelle de 1931.

3. Inversement on étudiera l’idéalisation de l’Autre avec le mythe du bon sauvage

- Montaigne, Essais I, 31 « Des cannibales »
- Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, II « Les adieux du vieillard »

4. Le statut à donner à l’Autre

On trouvera enfin dans La Controverse de Valladolid de J.C. Carrière un bel exemple de dialogue argumentatif sur le statut à donner à l’Autre.

B. Le monstre, illustration du pouvoir maléfique de l’homme

Les créatures, les automates

Niveau Seconde

Objet d’étude

 

Un mouvement littéraire au XIXème siècle
Thème Le fantastique  : les créatures, les automates
Problématique Le rêve prométhéen  : l’homme veut égaler Dieu, il conçoit un êre qu’il dote d’une conscience, mais la créature échappe à son créateur et souffre de sa monstruosité.
Questionnement : qui est le véritable monstre  ? le créateur ou la créature ? qu’est-ce qui différencie l’humain de l’automate ?
Groupement de textes + Gustav Meyrink, Le Golem
+ Mérimée, La Vénus d’Ille
+ Hoffmann, L’homme au sable
+ Mary Shelley, Frankenstein :
Angoisse du créateur : "L’être que j’avais dechaîné parmi les hommes ... je le considérais comme mon propre vampire, mon propre fantôme sorti de la tombe et contraint de détruire tous ceux qui m’étaient chers".
Angoisse de la créature : "Lorsque je regardais autour de moi, je ne voyais personne qui me ressemblait et même n’entendais pas parler d’êtres de mon espèce. Alors, étais-je un monstre, une flétrissure que tous les hommes fuyaient et désavouaient ?"
Films Tim Burton, Edouard aux mains d’Argent

C. Il est manifestation, représentation du Mal

1. La figure du vampire
Niveau Seconde
Objet d’étude Un mouvement littéraire du XIXème siècle
Thème Le fantastique  : le vampire
Problématique Le vampire, une représentation du mal
Groupement de textes Les cent ans de Dracula, 8 histoires de vampires de Goethe à Lovecraft, ed. Librio
On peut ainsi suivre l’évolution de la légende  :
+ elle intéressait déjà les romantiques allemands (texte de Goethe : La fiancée de Corinthe, 1797)
+ elle est ensuite exploitée par les poètes anglais (Byron, Coleridge, Keats) pour faire une première apparition en prose dans le texte de Polidori (médecin de Byron), Le vampire (1819)
+ Puis Gautier, La morte amoureuse (1836) impose le thème de la femme vampire
+ Bram Stocker, Dracula (1897) a voulu ancrer la légende dans un contexte historique et géographique : figure historique de Vlad Tepes qui vécut au XVI siècle et connu pour ses atrocités.
Films

+ Murnau, Nosferatu (1922)
+ Tod Browinig, Dracula (1931)
+ Coppola Dracula (1992). C’est le plus proche de Bram Stocker. Intéressant sur les symboles religieux et les figures du cercle.

2. Le monstre, représentation d’un mal intériorisé : le Horla

Niveau Seconde
Objet d’étude Le genre narratif
Thème Le fantastique
Texte Maupassant Le Horla
Problématique Le Horla, une création fantasmatique représentant le mal.
Dans quelle meure le Horla peut-il être interprété comme l’incarnation des monstres intérieur ?

3. Le monstre, emblématique de nos affres intérieures - fruit de nos angoisses et de nos terreurs

Niveau Première
Objet d’étude Réécritures // poésie
Thème La transposition d’art comme mode de réécriture
Problématique Comment Michaux cherche par l’écriture et le dessin à saisir « les gestes intérieurs ».
Groupement de textes Michaux
- Epreuves, exorcismes. "Les Sphinx" (texte et dessins, Ed. Gallimard, Coll. de la Pleïade)
- Epreuves, exorcismes. "Les Masques du vide" (texte et reproduction de la peinture, Ed. Gallimard, Coll. de la Pleïade)
- Epreuves, exorcismes. "Craquements"
- Peintures. Le Prince de la Nuit. Ed. Gallimard.
Textes et documents complémentaires Baudelaire Les Phares
Delacroix deux ou trois tableaux représentatifs (cf. Louvre.edu)
Goya Les Caprices 1796-1798
Modalités

Séance 1 : Le principe de transpostion d’art

Partir des Phares pour démonter avec les élèves le principe de la transposition d’art.

1ère heure :
- Travailler sur la strophe des Phares consacrée à Delacroix // Projeter des tableaux de Delacroix
- Procéder à une étude comparative
- Faire apparaître les procédés utilisés par le poète pour rendre compte de l’atmoshère des tableaux de Delacroix et par suite de son art.

Travail pour l’heure suivante  :
Distribuer la reproduction des trois Caprices de Goya desquels baudelaire s’est inspiré pour écrire sa strophe.
Demander de lire la strophe de Baudelaire consacrée à Goya.
Repérer sur les reproductions de gravure les détails retenus par le poète. Essayer d’expliquer ces choix.
Quels sont les moyens mis en oeuvre par le poète pour les évoquer  ?

2ème heure :
- Lecture analytique de la strophe consacrée à Goya selon une cohérence linéaire.
- Synthèse collective :
 + analyse des choix de Baudelaire
 + étude comparative (S’incrit à la suite d’une travail fait sur les  Caprices en espagnol, dans la mesure du possible.)
  + originalité du travail de transposition d’art réalisé par Baudelaire

Séance 2 : Découverte de l’univers de Michaux. (1 h.)

- Présentation des textes poétiques, dessins et peintures
 + lecture individuelle muette
 + réactions spontanées sur les peintures et dessins
- Réflexion collective :
 + thèmes ?
 + atmosphère ?
- Lecture expressive des textes poétiques pour conclure la séance

Séance 3 à 6 : Lectures analytiques

Problématique : comment les visions fantasmatiques qui sont là pour traduire les angoisses intérieures, la fascination maléfique pour la maladie, la mort, prennent corps différemment sous la plume et sous le pinceau ou le crayon.

- lecture analytique des textes poétiques  :
saisir comment Michaux, en s’appuyant sur des réseaux lexicaux, fait naître des visions de monstres fantasmatiques. Michaux a en cela une écriture impressionniste  : il n’écrit pas, ne dit pas les monstres. Dans Craquements (Ed. Gallimard, Coll. de la Pleïade, p.781-782), il dit les « marais », les « aboiements », les « craquements », les « aboiements furieux », et notre esprit reconstruit l’image mentale d’un monstre ; de même que face à un tableau impressionniste, et plus encore pointilliste, l’œil reconstruit l’image. De même, dans Les Masques vides (Ed. Gallimard, Coll. de la Pleïade, p. 782), « succion », « jonchés d’animaux morts ».
- étude en parallèle des dessins ou peintures que Michaux a lui-même mis en regard
- conduire une réflexion progressive sur :
 + les figures du monstrueux dans l’oeuvre de Michaux
 + écriture /réécriture, écriture / art pictural
 + s’interroger sur ce qu’est la poésie, ce qui fait la poésie d’un texte.

Séance 7 : Qu’est-ce que la poésie ? essai de définition

Principe :
- proposer aux élèves un groupements de textes poétiques variés des formes codifiées telles que le sonnet jusqu’aux poèmes en prose de Baudelaire et exemples de la poésie du XXème siècle (Jacquottet, Houellebecque)

- essayer de leur faire discerner dans les grandes lignes l’évolution qu’a pu connaître la définition de la poésie.

- leur faire saisir et énoncer ce qui fait la poésie d’un texte.

Séance 8 : atelier d’écriture

Principe : à partir de dessins de Michaux, inviter les élèves à produire un texte dans une langue qui pourrait relever de la prose poétique.

III. Le monstre, au centre d’une dialectique qui fait hésiter l’homme entre dégoût et fascination.

La thématique du monstre permet en définitive de réfléchir le rapport de l’homme au mal. La figure du monstre telle qu’elle est traitée dans la littérature peut être vue comme l’allégorie des rapports que l’homme entretient avec le monde, avec lui-même.

A. Regard sur le monde

Le monde extérieur prend parfois, sous la plume des écrivains l’apparence d’un monstre.

1 . Paris, ville fascinante et monstrueuse

Niveau Seconde
Objet d’étude L’éloge et le blâme
Thème Paris
Problématique Paris, ville fascinante et monstrueuse
Groupement de textes + Apocalypse de Jean, XIV, 8, 10, XVI, 10-21, XVII à XIX.
+ Balzac, La femme de trente ans, début du chap. IV
+ Balzac, Ferragus
+ Du Bellay, Antiquités de Rome, IV
+ Lemarque Francis A Paris (chanson dans le registre du réalisme poétique).
+ Zola, La curée, chap. II
Modalités

1ère étape : Paris, ville fascinante :
+ Balzac, La femme de trente ans, début du chap. IV : description enthousiaste de Paris
+// Francis Lemarque A Paris (chanson dans le registre du réalisme poétique).

2ème étape : Le mythe de la Babylone infâme, la « bête », la prostituée
+ Texte de référence : Apocalypse de Jean, XIV, 8, 10, XVI, 10-21, XVII à XIX. + Echo dans Du Bellay, Antiquités de Rome, IV : "Celle qui de son chef les étoiles passait..."
Poème sur l’ubris de Rome = Géants de la mythologie écrasée par Jupiter sous les sept collines "L’accabla sous ces monts, ces sept monts qui sont ore/ Tombeaux de la grandeur qui le ciel menaçait".

3e étape : Paris, la babylone moderne
+ Balzac, Ferragus
Le roman débute par une description de Paris remplie de métaphores animales faisant explicitement référence au monstre :
"Ces observations, incompréhensibles au-delà de Paris, seront sans doute saisies par ces hommes d’étude et de pensée, de poésie et de plaisir qui savent récolter, en flânant dans Paris, la masse des jouissances flottantes, à toutes heures, entre ses murailles ; par ceux pour lesquels Paris ets le plus délicieux des monstres, là, jolie femme, plus loin, vieux et pauvre ; ici, tout neuf comme la monnaie d’un nouveau règne, dans ce coin, élégant comme une femme à la mode. Monstre complet d’ailleurs  ! Ses greniers, espèce de tête pleine de science et de génie ; ses premiers étages, estomacs heureux ; ses boutiques, véritables pieds ; de là partent tous les trotteurs, tous les affairés... « 
 »il rugit, ses mille pattes s’agitent« 
 »cette monstrueuse merveille, de machines et de pensées, la ville aux cent mille romans"

+ Baudelaire, « Epilogue », Les Fleurs du Mal...
" Mais comme un vieux paillard d’une vieille maîtresse,
Je voulais m’enivrer de l’énorme, catin,
Dont le charme infernal me rajeunit sans cesse. ...

Je t’aime ô capitale infâme..."

+ Zola, La curée, chap. II
Saccard contemple Paris depuis la butte Montmartre  : "Paris haché à coups de sabre, les veines ouvertes, nourrissant cent mille terrassiers et maçons, traversé par d’admirables voies stratégiques qui mettront les forts au milieu des vieux quartiers"

Conclusion :
Paris est le support de visions dantesques : la ville moderne, lieu de la corruption et des plaisirs, appelle les prophéties les plus terribles, échos des espoirs et des angoisses de l’homme du XIXème devant l’avènement d’une ère nouvelle
cf : Paris au XXème siècle de J. Verne
Cette idée de la modernité monstrueuse, on la retrouve dans les romans de Zola. C’est en même temps une occasion de proposer un contrepoint à l’apparente méthode scientifique des textes théoriques de la doctrine naturaliste (Le roman expérimental) : montrer que l’écriture zolienne est nourrie de fantasmes personnels, notamment à travers la métaphore du monstre

2. Une modernité monstrueuse

Objet d’étude Mouvement littéraire et culturel du XIXème, le naturalisme
Niveau Seconde
Thème A Les métaphores monstrueuses dans les descriptions chez Zola
Références

+ L’alambic dans l’Assommoir ,
auquel Mes-Bottes "aurait voulu qu’on lui soudât le bout du serpentin entre les lèvres, pour sentir le vitriol encore chaud l’emplir, lui descendre jusqu’aux talons, toujours, toujours, comme un petit ruisseau."

+ La locomotive dans La Bête humaine,
- la « mort » de la Lison "La pauvre Lison n’en avait plus que pour quelques minutes ..." p. 351
- "L’œil se changeait en un brasier, en une gueule de four vomissant l’incendie, le soufle du monstre arrivait, humide et chaud déjà, dans ce roulement de tonnerre, de plus en plus assourdissant".

+ Le Voreux dans Germinal
"il retrouvait le monstre avalant sa ration de chair humaine, les cages émergeant, replongeant, engouffrant des charges d’hommes, sans un arrêt, avec le coup de gosier facile d’un géant vorace".

Thème B La question sociale  : qui sont les monstres, les mineurs qui mènent une vie de bêtes ou les bourgeois qui les exploitent  ?
Références

+ Les halles dans Le Ventre de Paris.
"De là vinrent les tendresses qu’ils eurent pour les grandes halles, et les tendresses que les grandes Halles leur rendirent. Ils étaient familiers de ce vaisseau gigantesque, en vieux amis qui en avaient vu poser les moindres boulons. Ils n’avaient pas peur du monstre, tapaient de leur point maigre sur son énormité , le traitaient en bon enfant, en camarade avec lequel on ne se gêne pas".

+ Le magasin dans Au bonheur des dames est toujours qualifié de monstre ; un monstre construit sur la dépouille de Mme  Hédouin, morte des suites de sa chute lorsqu’elle visitait les travaux. Le grand magasin, comme la mine de Germinal, c’est l’ogre qui dévore les clients, les employés, mais surtout les petits commerçants.

B. Regard sur soi-même : du double-infernal aux monstres intérieurs

Les monstres créés par l’imaginaire et les visions monstrueuses fruits de ce même imaginaire sont une figure du travail introspectif que l’homme fait sur lui-même.

1. Le double infernal

Objet d’étude Le biographique
Niveau Première
Thème Le dédoublement
Problématique Autour du dédoublement comme quête de l’identité
Pistes

+ On pourra étudier le jeu avec les identités possibles :
 - s’interroger sur la jouissance que procure le dédoublement et les terribles conséquences de l’impunité du crime.
 Dorian Gray, Dr Jekyll
 - réfléchir sur les doubles vies.
 cf. film, L’Emploi du temps

+ Dualité Bien/ Mal, miroir de la conscience, manière d’extérioriser la « face noire » de l’individu
 - Molière, Amphitryon ;
 - Shakespeare, La comédie des erreurs ;
 - Hugo, Les Misérables (Valjean/Javert)  ;
 - Maupassant, Le Horla ;
 - Stevenson, Docteur Jekill et Mister Hyde  ;
 - Wilde, Le portrait de Dorian Gray.

2.L’autoportrait monstrueux

Objet d’étude Le biographique
Niveau Première
Thème Portraits et autoportraits monstrueux
Problématiques Fonction et signification du monstrueux dans l’écriture des portraits et auto-portraits.
Modalités

Autour du portrait ( et de l’autoportrait) monstrueux comme quête de l’identité : plaisir masochiste de se représenter en monstre, fascination pour l’horreur, provocation contre la société policée.

Textes :
+ Lautréamont, Chants de Maldoror
+ Baudelaire, « Une charogne »
+ Kafka, La métamorphose
à mettre en parallèle avec la nouvelle de Buzzatti, « Crescendo » in Le Rêve de l’escalier
+ Borgès, La demeure d’Astérion

Pistes complémentaires

+ Tout un travail est possible autour du minotaure et de ses représentations, notamment chez les peintres symbolistes :
 - G. Moreau, Les Athéniens livrés au minotaure
 - F. Bacon

+ Travail sur la déformation, sur le monstrueux avec une part de provocation - Arcimboldo
 - Francis Bacon Etudes pour autoportrait et plus particulièrement :
 Figure allongée avec seringue hypodermique
 - autoportraits de Van Gogh

3. L’espace du dedans : un espace monstrueux

L’expression même « espace du dedans » fait référence à Michaux. Michaux s’intéresse en priorité à l’« espace du dedans », il se dit et se décrit comme habité par « des larves et des fantômes ». Il cherche par l’écriture et le dessin à saisir « les gestes intérieurs ». L’écriture donne ainsi vie aux monstres intérieurs. Elle est l’outil d’une exploration du subconscient. Et parallèlement, elle a une fonction cathartique.

Niveau Première
Objet d’étude Poésie
Thème Monstres "du dehors" et monstres "du dedans"
Problématique Dans quelle mesure l’écriture poétique est chez Michaux un exorcisme ?
Objectifs - Travailler sur l’expression poétique et la fonction symbolique des visions fantasmatiques dans la poésie de Michaux.
- Ecriture et engagement dans Epreuves, exorcismes.
- Réflexion sur la fonction de l’art : fonctions onirique et cathartique.
Groupement de textes Epreuves, exorcismes 1940-1944
Documents complémentaires

Textes analysant la fonction cathartique des créations fantasmatiques à utiliser en documents complémentaires ou à insérer dans un groupement :
- Entre Centre et absence
, "Une tête sort du mur". Ed. Gallimard, Coll. la Pleïade, p.562
- Lointain intérieur, "Animaux fantastiques". Ed. gallimard, Coll. la Pleïade, p.581

Tableaux représentatifs de la peinture d’un artiste qui a inspiré les travaux de Michaux : Paul Klee
Dream City
Death and fire
Head of a man

Gouaches, huiles et dessins de Michaux lui-même. (cf. notamment Michaux Peintures. Paris, Gallimard, ?.

Lecture cursive Un certain Plume 1930

C. Regard sur le monstre : un regard paradoxal

1. Le monstre est ambivalent

On peut, dans cette perspective, s’interroger sur la signification de la présence des monstres dans les représentations de la « Tentation de Saint-Antoine ».

Niveau Seconde
Objet d’étude Le genre narratif
Thème Le monstrueux
Problématique Présence et fonction du monstrueux dans les représentations de Saint Antoine.
Comment s’expriment et s’expliquent tout à la fois la fascination et le dégoût pour le monstrueux.
Objectifs Cette séquence s’articule à un travail séquentiel sur Naturalisme et Réalisme, (Objet d’étude  : Mouvement littéraire du XIXème et du XXème) et à une séquence construite autour d’un groupement de textes consacré au Symbolisme (Objet d’étude : La poésie)
Oeuvre Flaubert La Tentation de Saint Antoine
Documents complémentaires Références utiles pour construire un dossier documentaire sur la "Tentation de Saint Antoine"  :
- Peintres ayant réalisé des "Tentation de Saint Antoine" : Bosch, Bruegel, Cézanne, Callot, Dali, Delaroche, Ernst, Gruenewald, Huys, Isabey, Véronèse, Vouet.
- Parmi les séries lithographiques d’Odilon Redon, une est consacrée à l’évocation de la tentation de saint Antoine.
- Musique : Werner Egk La Tentation de saint Antoine, pièce pour alto et cordes.

2. La place du monstre dans l’esthétique du XVIIème et du XVIIIème siècle

Niveau Première L
Objet d’étude Etude d’un mouvement littéraire / associé à l’objet d’étude théâtre
Thème L’esthétique classique
Problématique Comment la figure du monstre et le traitement qui lui est réservé sont révélateur des fondements de l’esthétique classique ?
Objectifs Définir l’esthétique classique en étudiant la place que le Classicisme donne au monstre.
Etudier Phèdre à la lumière du thème de la monstruosité.
Oeuvre Racine Phèdre
Documents complémentaires - M. Foucault Histoire de la Folie. (p.186)
- Descartes Méditations, I
- Boileau
Schéma d’élaboration du cours
Introduction
- On peut établir un parallèle avec le sort qui est réservé dans la société de l’âge classique aux malades mentaux (cf. M. Foucault Histoire de la Folie, notamment p. 186 à lire)
- Plus globalement, la société classique exclut le monstre, c’est-à-dire ce qui est autre.

1. La société classique exclut les monstres

On peut ainsi, en étudiant les représentations du monstre et ce que le monstre représente, faire toucher du doigt, aux élèves, ce que sont les grands principes de l’esthétique classique.

Séance 1 (1h) : l’ordre classique

- Partir des figures de Bérémoth et Léviathan, monstres d’origine babylonienne qui représentent le chaos originel que l’esthétique classique refuse.

- Amener les élèves à cette idée que le refus des monstres manifeste que l’esthétique classique est éprise d’ordre.

- Etude de l’ordre classique en s’appuyant sur l’analyse de la facture de tableaux.

En perspective : s’appuyer ultérieurement sur ce premier travail pour étudier et comprendre l’organisation canonique de la tragédie classique à partir du schéma dramatique de Phèdre.

Séance 2 (1h)  : les règles de la vraisemblance et de la bienséance

- Montrer des représentations des êtres hybrides centaures, sphinx qui peuplent l’imaginaire humain depuis l’Antiquité. Le monstre appartient à la sphère de l’invraisemblable.

- Face à ces créatures invraisemblables, l’esthétique classique est soucieuse de vraisemblance.

- Ce cheminement permet de présenter et d’expliquer les règles de la vraisemblance et de la bienséance en les replaçant ainsi dans un contexte culturel qui en fait comprendre l’esprit.

- Etudier comment vraisemblance et bienséance sont respectées dans Phèdre.

Séance 3 (1h)  : imagination et Raison

- Partir du texte de Descartes :
Descartes (Méditations, I) utilise l’exemple des monstres pour définir l’imagination comme pratique combinatoire : "Car, de vrai, les peintres, lors même qu’ils s’étudient avec le plus d’artifice à représenter des sirènes et des satyres par des formes bizarres et extraordinaires, ne leur peuvent toutefois attribuer des formes et des natures entièrement nouvelles, mais font seulement un certain mélange et composition des membres de divers animaux.", qu’il dévalorise.

- Le monstre est à l’opposé de ce à quoi aspire le Classicisme : goût de l’harmonie et respect de la nature, en conformité avec la Raison.

- La figure du monstre est emblématique de ce que l’imagination a de fallacieux, de dangereux au regard de la Raison. La figure du monstre est ainsi une entrée intéressante pour étudier l’opposition entre imagination et raison qui fonde la pensée de l’âge classique.

2. Le Classicisme, une esthétique du monstre caché

Séance 4 (1h)  : Et pourtant, tout en refusant les monstres, l’esthétique classique les intègre.

- Il est des monstres familiers : tritons, centaures et faunes
cf. les jardins de Versailles
http://www.chateauversailles.fr

- Les monstres sont apprêtés au goût classique par l’artifice :
 + Boileau
 "Il n’est point de serpent, ni de monstre odieux
  Qui par l’art imité ne puisse plaire aux yeux.
  D’un pinceau délicat l’artifice agréable
  Du plus affreux objet fait un objet aimable".
 + Jan Davidsz de Heem, Nature morte cf. louvre.edu : un centaure utilisé comme élément décoratif
 + Nicolas Poussin Bacchanale devant un terme de Pan : le satyre qui lutte avec des femmes est masqué par des fleurs et des corps féminins.

Conclusion
Cette étude de l’esthétique classique à partir de la figure du monstre peut servir à mettre en perspective l’étude que l’on conduira en parallèle sur la Phèdre de Racine, dans le cadre de l’objet d’étude consacré au théâtre.

Séance 5 : la description du monstre dans la tirade de Théramène

- Procéder à la lecture analytique (sur un extrait long) de la tirade de Théramène.

- Objectif : faire apparaître comment le monstre, le vrai, celui auquel on pense, est comme escamoté par l’écriture racinienne.

Etude de Phèdre  : perspective d’étude

- On peut lire la pièce à la lumière de la thématique du monstre. Qui est le monstre ? Le qualificatif de « monstre » apparaît à plusieurs reprises sous la plume de Racine. Et quand il ne dénote pas le monstre, cause de la mort d’Hippolyte, il a une valeur métaphorique et qualifie Phèdre.

- Sont ainsi opposés un monstre sorti des mers, mais dont la monstruosité s’efface dans le non-dit de l’écriture racinienne et une femme belle, aimable, mais monstrueuse.
Après avoir fait l’étude de la tirade de Théramène, on peut ainsi consacrer les études analytiques à quelques extraits qui illustrent la part de monstrueux qu’il y a chez Phèdre.

- La thématique du monstre est liée à la thématique du masque, du miroir, du double. La thématique du monstre permet de réfléchir sur le mal. Où est-il ? Quel est-il ? Où est la vérité ? Que sont le beau et le laid ? le vrai et le faux ? le bien et le mal ? On trouve le qualificatif de « monstre » dans la bouche même de Phèdre  : elle se voit comme un monstre.

- Dans Phèdre comme dans de nombreuses œuvres de la littérature française, la figure du monstre est la matérialisation du regard que l’homme porte sur lui-même. Le monstre, érigé en mythe, s’inscrit à rebours par rapport au mythe de Narcisse  ; il manifeste le dégoût et le rejet de soi.

Conclusion

La lecture de Phèdre, à la lumière de la thématique du monstre, permet de souligner quelle est la symbolique du monstre et quels sont les faisceaux de signification qui lui sont attachés.

Difforme ou hybride, né de la nature mais aberrant ou contre-nature :
- La figure monstrueuse est une allégorie du mal. L’homme a alors au monstre un rapport d’extériorité. Il est vainqueur ou vaincu, victime ou héros.
- Le monstre est une projection extériorisée du mal intérieur qui ronge l’homme. Il est alors produit fantasmatique de l’imaginaire et tend à traduire nos angoisses et nos obsessions. L’évolution du traitement de la figure du monstre dans la littérature semble nous conduire de la représentation des monstres, figure du mal extérieur qui menace l’homme, à des représentations monstrueuses chargées d’évoquer les monstres intérieurs qui hantent l’esprit humain.



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